Pierre GRUNEWALD 30 janvier 1941-19 janvier 2013

Pierre GRUNEWALD

Il y a les frères que nous donnent les liens du sang…il y a ceux qui deviennent frères par une amitié profonde et sans faille.
Nous étions trois frères inséparables. Seul la mort pouvait nous séparer : elle a fait son travail.

Cela fait maintenant 13 ans que Pierre Rosat s’en est allé bien trop tôt et maintenant , c’est Pierre Grunewald qui s’en va si brutalement, si injustement, 3 semaines seulement après son départ en retraite. On le voyait d’ailleurs mal en retraite… lui aussi, mais on aurait bien fini par s’y habituer… et lui aussi.

Pierre Grunewald était originaire du Pas de Calais et avait fait ses études de médecine à Lille. Il fut le premier interne de neurochirurgie lorsque Pierre Galibert venant de Lille créa le Service de Neurochirurgie au CHU d’Amiens. Par amitié déjà, Pierre Rosat qui venait de Paris le rejoignit comme interne en 1968, puis je suis venu compléter le trio en 1971.

Ce fut pour Pierre Grunewald le temps de l’hôpital entre la fin des années soixante et le début des années quatre vingt : c’était le temps de notre jeunesse consacrée entièrement à la neurochirurgie avec une amitié si solide qu’elle a toujours étonné dans un milieu plus habitué aux rivalités. Nous avons appris ensemble, nous avons exercé ensemble et cela occupait toute notre vie de façon probablement excessive. Il n’y a jamais eu entre nous trois la moindre défaillance en amitié. Nous étions au service des malades, passionnés par notre discipline.

Son excellence chirurgicale aurait pu faire de lui un hospitalo-universitaire de haut niveau. Les hasards des carrières l’ont amené à quitter le CHU et à créer à la Clinique Pauchet à Amiens une activité de neurochirurgie libérale couvrant tous les domaines de notre spécialité. Mais même éloigné, l’amitié et la fraternité ont résisté. Quand la vie a été injuste avec l’un de nous trois, les deux autres étaient toujours là.

Le départ de Pierre Grunewald est brutal, à son image, entier et sans concession : finis les mardi matin où il m’amenait des dossiers à discuter et finie notre escapade annuelle du printemps à Belle Ile pour retrouver les amis neurochirurgiens, Pascal Rousseau, Yves Keravel, Yvon Guegan, Pierre Freger, Jean Marie Fuentes, Roger Robert et tous les autres.

Dans l’église où nous l’avons accompagné, l’Assemblée l’a applaudi ce qui n’est pas dans nos traditions mais qui montre bien l’estime et l’amitié que tous lui portaient.

Notre bateau s’est vidé, je reste seul de notre trio indissociable et pour reprendre les Copains d’abord de Georges Brassens :

« quand l’un d’entre eux manquait à bord
c’est qu’il était mort oui mais jamais, au grand jamais
son trou dans l’eau n’se refermait.
Cent ans après , coquin de sort,
il manquait encore »

Pierre, tu nous manques déjà.
Pierre Rosat t’attend surement là haut et St Pierre peut faire attention à ses bouteilles

Adieu Pierre
Adieu mon frère.

Daniel Le Gars, 27 janvier 2013