William PELLET

 Pr William PELLET

Nous avons appris la disparition du pr William Pellet. Sa perte est immense. Pour ma part je pleure la perte de mon maitre, celui sans qui je n’aurais pas exercé ce métier d’exception, celui aussi qui m’a donné tant de leçons de vie.

Nous lui rendons hommage en tant qu’élèves, collègues, et amis. Son élégance, sa connaissance, son raisonnement et son approche humaine des patients forçaient l’admiration. Elles étaient la marque d’un grand médecin et d’un grand homme. Alors que jeunes internes nous vivions cette spécialité comme tellement attractive mais toute autant inaccessible, il nous répétait : Travaillez, travaillez encore et vous ferez ce métier quelques soient les obstacles ». Venant de cet homme et connaissant son parcours, nous ne pouvions qu’obtempérer.

Elève de Jean Paillas, il avait pour crédo l’excellence, celle de l’école de neurochirurgie marseillaise dont il allait devenir l’un des chefs de file. Son parcours professionnel a été marqué par son engagement à servir avec une intégrité, une efficacité et une discrétion sans égale. Pour le CHU de Marseille, sa contribution fut essentielle. Il y occupa des fonctions de tout premier plan en tant que chef de service et secrétaire de la CME dans une période de profonde mutation institutionnelle. Il était aimé des médecins de notre CHU qui en avait fait le président de l’association des internes et anciens internes des hôpitaux de Marseille. Son expérience professionnelle qui avait couvert tous les modes d’exercice y compris celui du secteur libéral, et sa vision moderne du fonctionnement hospitalo-universitaire en faisaient un précurseur. Il avait une conscience appuyée de la gestion des fonds publics. Il avait compris très tôt la nécessité des collaborations transdisciplinaires, de la mutualisation des moyens, de la promotion des outils d’avant-garde. A ce titre il était l’un des acteurs avec Robert Sedan de l’acquisition du Gamma Unit, fantastique outil neurochirurgical si l’en est. Ce choix s’était fait au nom de l’intérêt général, même si sa propre activité devait en souffrir, celle de la chirurgie des neurinomes de l’acoustique dans laquelle il excellait. Dans ce domaine comme dans tant d’autres, sa vision institutionnelle dépassait sans compromis possible son intérêt propre. Nous avions parfois des difficultés à l’admettre, mais il nous montrait par l’exemple que l’on pouvait se satisfaire d’une économie de moyens tout en préservant la qualité du soin.

Au delà de sa contribution hospitalière, son apport, que dis-je son œuvre scientifique, a connu une reconnaissance internationale. William Pellet l’a toujours minimisée, car il était humble et pudique. En 1968, Il rédige une thèse princeps à propos de la vascularisation des méningiomes. Cette thèse extraordinairement documentée est écrite dans un Français littéraire parfait auquel nous ne sommes plus habitués. Il travaille ensuite avec Jean Paillas sur les métastases cérébrales qui fera longtemps référence chez les neurooncologistes. Il fait alors le choix d’une carrière libérale mais conserve son esprit universitaire. Preuve de modernité, il comprend très vite l’intérêt de la sur-spécialité et de la collaboration interdisciplinaire qu’il met en œuvre avec le professeur Maurice Cannoni, otologiste, pour se lancer dans l’aventure de l’otoneurochirurgie. Cette aventure le conduira à réintégrer notre CHU et à y mener la carrière qu’on lui connaît. A l’époque, tout reste à faire en France dans le domaine de l’otoneurochirurgie, alors il se forme à Los Angeles, passe du laboratoire à la salle de bloc et le binôme qu’il forme devient l’un des plus actifs de son temps. Travailleur acharné, il se voit proposer par la SNCLF la rédaction d’un rapport sur l’otoneurochirurgie. Il y consacre trois ans et produit un document qui devient un monument. Cette contribution sera éditée sous la forme d’un livre en français puis en Anglais. Cette bible figure toujours en bonne place dans toutes les bibliothèques des services de neurochirurgie et d’ORL. Vingt ans avant que cela ne devienne une préoccupation reconnue de tous, il pose la question de l’évaluation de la qualité de vie. Pas celle dont se valorisent les chirurgiens dans les colloques ; à leur sujet il se plaisait à nous rappeler la phrase de Molière « Méfiez-vous des chirurgiens, le soleil illumine leurs succès et la terre cache leurs échecs. ». Non, plutôt celle exprimée par les patients. Il développe un questionnaire d’auto-évaluation pour les opérés du neurinome. Ce questionnaire sera à la base d’une profonde mutation dans leur prise en charge et de la justification de la radio-chirurgie pour un grand nombre d’entre eux.

Moderne il l’était aussi par sa façon d’enseigner, allant au fond des choses, avec le goût du détail mais utilisant les outils d’avant garde. Il fut l’un des pionniers des films de techniques chirurgicales et aussi l’un des premiers à établir un cours pratique de chirurgie de la base du crâne où l’on se bousculait. Sa contribution scientifique était donc reconnue, il était écouté de tous, rarement contesté. Il s’exprimait sans circonvolution, son argumentaire était implacable et factuel. Pour avoir été témoin de quelques joutes verbales lors de nos congrès nationaux, elles tournaient en général assez court aux dépends de ceux qui l’aiguillonnaient mais ne faisaient guère le poids. Fidèle en amitié, il avait tissé des liens forts avec une communauté scientifique éclectique faite d’anatomistes, otologistes et neurochirurgiens sur l’ensemble du territoire. Cet homme a vécu et nous a fait vivre les temps héroïques d’une chirurgie qui n’avait de fin qu’à l’heure de la mission achevée, fusse t’elle très au delà des heures ouvrables. Chirurgien d’exception, il l’était autant pour les cas simples que devant les situations critiques. Combien de fois nous a t’il sorti d’un mauvais pas, voir d’une situation désespérée, abandonnant toute obligation pour nous sauver la mise, ou plutôt celle de l’opéré. C’est probablement cela qui nous impressionnait le plus, dans la vraie vie comme on dit aujourd’hui, sa capacité à trouver une solution de secours en toute circonstance.
Devant de telles qualités, quoi de plus normal que d’avoir eu autant d’élèves de toutes nations et de plusieurs spécialités. Tous gardent de lui l’image d’un homme fédérateur, intègre, d’une grande tolérance, d’une grande culture et d’une accessibilité hors norme. Accessible, il l’était avec tous les acteurs de soins qui l’entouraient. Il connaissait le prénom de chacun et chacune et savait leur donner de son temps. Il en donnait autant et manière très naturelle à ses patients, ils l’en remercient encore.

Les amis neurochirurgiens de Willy Pellet ont une pensée à l’adresse de sa famille, ses enfants et son épouse Michèle qui a su l’envelopper de tout son amour jusqu’à son dernier souffle. Ils saluent la mémoire d’un homme rare, un homme qui a vécu, un homme qui a compté. Sans nul doute, les jeunes générations sauront mesurer et faire fructifier son héritage.

Pierre-Hugues Roche
CHU de Marseille