André VISOT

André VISOT

André VISOT nous a quitté le 24 novembre 2009. Cinq ans après sa disparition, il était important de lui rendre hommage, tant sa contribution à la neurochirurgie française a été déterminante.

Né le 15 février 1946 à St Brieuc, sa rencontre avec la neurochirurgie a eu lieu alors qu’il était étudiant en médecine à Rennes dans le service du Pr Jean Pecker.

Interne des Hôpitaux de Paris en 1970, il fut ensuite chef de clinique à l’Hôpital Lariboisière dans le service du Pr Houdart. Dès lors, il prit son envol professionnel, associant une solide formation polyvalente en neurochirurgie à une habileté, déjà, dans la chirurgie des anévrysmes intracrâniens. Cette période voyait la naissance du microscope opératoire et de l’instrumentation microchirurgicale, dont il s’est emparé après en avoir immédiatement compris l’intérêt.

En 1977, le Pr Gérard Guiot lui proposa, à l’Hôpital Foch de Suresnes, un poste de chirurgien titulaire après seulement 2 ans de clinicat. C’était le départ d’une carrière de près de 30 ans dans cet hôpital où André Visot va déployer son talent et excellera dans tous les domaines de notre spécialité : la chirurgie hypophysaire et de la base du crâne bien sûr, mais aussi la chirurgie cranio-faciale avec le Pr Teyssier qu’il admirait particulièrement, la pathologie vasculaire, la neurochirurgie pédiatrique, les pathologies de la moelle épinière et la stéréotaxie.

La base du crâne et l’hypophyse, voici deux thématiques qu’il va développer, en collaboration avec Patrick Derome. Au bloc opératoire, ils se relayaient très souvent sur les interventions longues, afin de conserver la précision du geste et éviter l’épuisement physique, quand on atteint après parfois des heures de dissection les éléments anatomiques cruciaux. Ils ont constitué un tandem de pionniers talentueux, disponibles et modestes.

Devenu chef de service en 1998, André Visot va poursuivre et renforcer la position de l’Hôpital Foch comme centre de référence de la chirurgie hypophysaire. Excepté la pédiatrie et le fonctionnel, le service qu’il dirigeait a su rester polyvalent, élargissant le recrutement de patients. Aucune concession, jamais, à ce qui pouvait ressembler à du folklore, qu’il soit universitaire, administratif ou chirurgical. Les cours du module de neurochirurgie étaient dispensés à la faculté, les tâches administratives réalisées, le service tenu, les patients opérés. Un côté simple qui ne l’empêchait pas d’éblouir par sa classe chirurgicale. L’exceptionnelle harmonie visuelle du champ opératoire était le témoin et le garant d’un geste posé, pur, puissant, un centre d’expression rayonnant et créateur.

A cela André associait de grandes qualités d’enseignant. Il n’avait pas le titre de professeur, néanmoins ses leçons de chirurgie étaient quotidiennes, non pas livresques mais pratiques. Les cours étaient magistraux, littéralement. Les notes techniques sont restées gravées dans de nombreuses mémoires d’internes, concernant l’installation du neurinome de l’acoustique et la gestion de la grande citerne, les voies d’abord des craniopharyngiomes, les différents temps opératoires du méningiome orbito-sphénoïdal, l’ouverture du canal optique, les voies trans-sphénoïdales et les gestes endosellaires. Les indications opératoires étaient précises, audacieuses mais toujours empreintes d’une prudence avertie. Son enseignement passait par le geste, qui ne pouvait être que salvateur car il reposait sur une routine très précise d’installation du patient, associée à une fabuleuse technique chirurgicale. Au delà, son comportement est resté un modèle de calme, de patience et de gentillesse. Les nerfs de l’opérateur maîtrisés, quelques mots bienveillants et malicieux pour l’ensemble de l’équipe du bloc opératoire, cette atmosphère particulière a permis la réalisation d’interventions qui ont été parfois des monuments de la neurochirurgie, réellement très impressionnants pour celui qui y assistait. Avec André, le terme de compagnonnage chirurgical prenait tout son sens. Peu bavard, il ne poussait pas au dépassement de soi, il le stimulait naturellement par le charisme et la présence humaine. Il ne pouvait laisser indifférent et de très nombreux collègues ont été saisis à son contact, témoignant, des années après, avoir trouvé une vocation professionnelle : la chirurgie, et un modèle : André Visot.

Son bureau de l’hôpital Foch, situé sur les flancs du mont Valérien, suggérait la hauteur de vue et la solitude des princes. Il a regardé la vie dans les yeux et pouvait être fier de ses mains. La fragilité restait cachée, au secret, elle se devinait parfois, puis plus souvent, avant que la maladie ne l’oblige à quitter ses fonctions de chef de service en février 2005.

En dehors de la chirurgie, ses quatre enfants ont été la grande passion de sa vie, regrettant souvent de ne pas s’être suffisamment occupé d’eux. De la proximité de ses terres bretonnes avec la mer, il a gardé le goût de la marine à voile. Ayant débuté comme formateur au centre nautique des Glénans, puis équipier et convoyeur, il partait naviguer autant que possible sur son bateau, dans les Côtes d’Armor.

Pour les plus jeunes qui n’ont pas eu la chance de le connaître, sachez qu’il est possible de réunir l’excellence neurochirurgicale et l’humilité chez un seul homme. Pour les générations de collègues qu’il a formés, de l’externe à ceux devenus chefs de service, se souvenir qu’il était un maître, un ami, une figure paternelle, un homme droit.

Il repose maintenant dans les eaux du Trieux de sa Bretagne natale, où son âme continue à naviguer.

Philippe Pencalet